10 bulbes à planter en octobre pour un jardin qui explose au printemps

Le printemps dernier, j’ai passé tout le mois d’avril à regarder le jardin de ma voisine par-dessus la haie. Des tulipes rouges, des jonquilles partout, des petites fleurs bleues dont je ne connaissais même pas le nom. Chez moi ? De la terre. Un peu de pelouse fatiguée. Un rosier qui faisait ce qu’il pouvait.

Un samedi, j’ai fini par lui demander son secret. Elle a ri. « Il n’y a pas de secret. Tout se joue en octobre. Au printemps, c’est trop tard. »

Elle avait raison, évidemment. Les bulbes de printemps ont besoin de passer l’hiver au froid, sous la terre, pour fleurir. Si vous attendez de voir les fleurs dans les jardins des autres pour vous y mettre, vous avez déjà six mois de retard. Alors cette année, je me suis organisée. J’ai acheté mes sachets fin septembre, j’ai bloqué deux après-midis, et j’ai planté. Voici les dix bulbes que j’ai choisis, et pourquoi.

Avant de commencer : les trois règles que j’aurais aimé connaître plus tôt

La profondeur. La règle simple, c’est de planter un bulbe à deux ou trois fois sa hauteur. Un bulbe de tulipe de 5 cm va donc à 10 ou 15 cm de profondeur. Un petit crocus de 2 cm, à 5 ou 6 cm. Pas besoin de sortir la règle à chaque trou, mais gardez ça en tête.

Le bon sens. La pointe vers le haut, les petites racines vers le bas. Pour certains bulbes, c’est évident. Pour d’autres (on en reparle avec les anémones), c’est un vrai casse-tête.

Le drainage. Un bulbe qui baigne dans l’eau tout l’hiver pourrit. Si votre terre est lourde et collante comme la mienne, ajoutez une poignée de sable ou de gravier au fond de chaque trou. Ça m’a pris dix minutes de plus et je ne le regrette pas.

1. Les tulipes, pour la couleur franche

Impossible de faire sans. Les tulipes, ce sont les grandes taches de couleur d’avril et de mai, celles qu’on voit depuis la rue. J’ai pris un mélange de rouges et d’orangés, plus quelques blanches pour calmer le tout.

Petit conseil de ma voisine : les tulipes aiment une terre bien froide. Si votre mois d’octobre est encore doux, ne vous pressez pas, vous pouvez les planter en fin de mois ou même en novembre. Et plantez-les en groupes de dix ou quinze plutôt qu’en ligne. Une rangée de tulipes bien alignées, ça fait parking de supermarché. Un bouquet serré, ça fait jardin.

2. Les narcisses et jonquilles, les increvables

Si vous ne deviez planter qu’une seule chose, ce serait ça. Les narcisses reviennent tous les ans, souvent plus nombreux que l’année d’avant, et ils ne demandent rien. En plus, ils sont toxiques pour les rongeurs, donc les écureuils et les mulots les laissent tranquilles. Dans mon jardin, où les écureuils ont visiblement un abonnement, c’est un argument de poids.

Ils se plantent dès septembre et tout au long d’octobre, à une quinzaine de centimètres de profondeur. Après la floraison, laissez les feuilles jaunir toutes seules avant de les couper. C’est grâce à elles que le bulbe refait ses réserves pour l’année suivante.

3. Les crocus, les tout premiers à sortir

Les crocus fleurissent quand il fait encore gris et froid, parfois dès février. Ce sont de toutes petites fleurs violettes, blanches ou jaunes, et la première fois que vous les verrez percer la pelouse, ça vous fera un bien fou.

J’en ai planté directement dans le gazon. Il suffit de soulever une motte avec une bêche, de glisser cinq ou six bulbes dessous et de remettre la motte en place. Seul bémol : les écureuils les adorent. J’ai posé un morceau de grillage à poule sur les zones plantées pendant quelques semaines, le temps que la terre se tasse.

4. Les muscaris, les petites grappes bleues

C’étaient elles, les petites fleurs bleues de ma voisine. Les muscaris forment de petites grappes serrées, un peu comme du raisin miniature, et ils se ressèment tout seuls. Au bout de deux ou trois ans, vous vous retrouvez avec un vrai tapis bleu.

Ne paniquez pas si leurs feuilles sortent dès l’automne, quelques semaines après la plantation. C’est normal chez eux, ils ne se sont pas trompés de saison. Ils sont magnifiques au pied des tulipes, d’ailleurs : le bleu fait ressortir toutes les autres couleurs.

5. Les jacinthes, pour le parfum

On les connaît surtout en pot, dans les supermarchés en janvier. En pleine terre, elles sont tout aussi belles et leur parfum porte loin. J’en ai mis le long de l’allée qui mène à la porte, pour en profiter à chaque passage.

Un détail que personne ne m’avait dit : mettez des gants pour les planter. La peau des bulbes de jacinthe peut irriter les mains, et j’ai passé une soirée à me gratter avant de comprendre pourquoi. Plantez-les à une dizaine de centimètres, en octobre.

6. Les alliums, les grosses boules violettes

Les alliums, ce sont ces grandes sphères violettes perchées sur une longue tige, qu’on voit dans les jardins un peu chics en mai et juin. Ils prennent le relais quand les tulipes sont fanées, et c’est exactement ce qui manquait à mon jardin.

Leur seul défaut : leurs feuilles commencent à jaunir au moment où les fleurs s’ouvrent. L’astuce, c’est de les planter au milieu de vivaces ou de plantes basses qui cacheront le feuillage. Les abeilles en raffolent, et les fleurs sèches restent jolies jusqu’à l’été.

7. Les iris nains, pour la fin de l’hiver

Les iris reticulata sont minuscules, dix centimètres de haut à peine, mais d’un bleu-violet presque électrique. Ils fleurissent en février ou début mars, dans le creux de l’hiver, au moment où on a le plus besoin de couleur.

Ils détestent l’humidité, donc je les ai mis dans le coin le plus sec du jardin, au soleil, avec du gravier au fond du trou. Ils sont aussi parfaits en pot sur un rebord de fenêtre, si vous n’avez qu’un balcon.

8. Les anémones blanda, le tapis de marguerites

Ces petites anémones bleues, blanches ou roses ressemblent à des marguerites et forment un tapis au pied des arbres et des arbustes en mars et avril. Elles poussent bien à mi-ombre, là où peu de choses fleurissent.

Mais elles ont un piège. Ce ne sont pas des bulbes ronds, ce sont de petits tubercules secs et ridés, et il est presque impossible de savoir dans quel sens les planter. La solution que j’ai trouvée : les faire tremper une nuit dans un bol d’eau tiède pour les réveiller, puis les planter couchés sur le côté, à cinq centimètres. Elles se débrouilleront pour trouver le haut.

9. Les fritillaires pintades, les plus originales

Si vous voulez que vos amis vous demandent « c’est quoi, ça ? », plantez des fritillaires pintades. Leurs fleurs en forme de clochette penchée sont décorées d’un motif en damier, violet et blanc. On dirait qu’elles ont été dessinées.

Contrairement aux iris, elles aiment les sols frais et un peu humides. Le coin du jardin où l’eau stagne après la pluie, celui où rien ne veut pousser, c’est peut-être leur place idéale. Plantez-les dès que vous les achetez, car leurs bulbes se dessèchent vite à l’air libre.

10. Les perce-neige, pour ouvrir la saison

Je termine par les premiers de tous. Les perce-neige fleurissent dès janvier ou février, parfois au milieu d’un reste de neige, d’où leur nom. Leurs petites clochettes blanches sont discrètes, mais elles annoncent que le printemps arrive.

Je vais être honnête : ce sont les plus capricieux de la liste. Les bulbes secs vendus en sachet reprennent parfois mal. Si vous en trouvez en pot chez un pépiniériste, ou si quelqu’un autour de vous a une touffe à partager au printemps, c’est souvent plus fiable. J’ai quand même tenté un sachet cette année. Je vous dirai.

L’astuce qui a tout changé : la plantation en lasagne

Si vous avez des pots sur une terrasse ou un balcon, essayez ça. Le principe : vous superposez plusieurs couches de bulbes dans le même pot, les plus gros au fond, les plus petits en haut, avec du terreau entre chaque couche.

Dans mon grand pot devant la porte, j’ai mis des tulipes tout au fond, des narcisses au milieu et des crocus sur le dessus. Résultat attendu : les crocus en février, les narcisses en mars, les tulipes en avril. Trois floraisons dans un seul pot. N’oubliez pas une bonne couche de billes d’argile ou de graviers au fond pour que l’eau s’écoule.

Les erreurs que j’ai faites (pour que vous ne les fassiez pas)

J’ai acheté mes premiers sachets en jardinerie sans regarder les bulbes. Deux étaient mous et un était moisi. Maintenant, je les palpe avant d’acheter : un bon bulbe est ferme et lourd, comme un oignon frais.

J’ai aussi oublié de noter où j’avais planté quoi. En mars, en voulant installer une nouvelle plante, j’ai coupé trois bulbes de narcisse en deux d’un coup de bêche. Cette année, je plante une petite étiquette à chaque endroit. C’est bête, mais ça sauve des vies (de bulbes).

Et enfin, j’avais coupé les feuilles des jonquilles dès que les fleurs étaient fanées, parce que je trouvais ça moche. L’année suivante, beaucoup moins de fleurs. Laissez-les jaunir. Ça dure quelques semaines, et c’est le prix à payer pour un beau printemps l’année d’après.

Et maintenant, on attend

C’est peut-être ça le plus dur avec les bulbes. Vous plantez, vous remettez la terre, et il ne se passe rien pendant des mois. Tout l’hiver, votre jardin aura l’air vide. Et puis un matin de février, vous verrez une petite pointe verte sortir de terre, puis une autre, puis une dizaine.

Ma voisine m’a dit que c’était son moment préféré de l’année. Je crois que je commence à comprendre pourquoi. Alors si vous avez un après-midi de libre ce mois-ci, enfilez vos gants, attrapez un transplantoir, et plantez. Vous vous remercierez en avril.

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